c'était assurément se confronter à l'image du Carnaval que nous avions :
- une foule incroyable
- des prix exorbitants
- les rues emplies de chars et de public admirant les défilés
- des femmes au corps parfait enduit d'huiles et de paillettes
- des costumes, ou plutôt bi ou mono-kinis aux couleurs chatoyantes
- des plumes ...
- de la musique dans toutes les rues
- une vraie fête de rue et un sambodrome où les places, très chères, sont réservées à des touristes argentés pour Sabine
- un coupe-gorge pour Benjamin
A l'arrivée, ce fût tout autre :
des heures d'attente pour avoir un bus à l'aéroport, des trajets de bus et de taxis changés, qui refusent d'aller dans certains quartiers pour cause de défilés; des rues emplies de personnes au taux d'alcoolémie des plus élevé, des petits matins aux odeurs indescriptibles au milieu des immondices de la veille,
une ville calme jusqu'à midi, un sambodrome, un peu à l'écart du centre, qui s'anime de feux d'artifices pour annoncer le passage de chaque école.
Le sambodrome, long de près de deux kilomètres, me semble-t-il, accueille chaque nuit 6 ou 8 écoles professionnelles qui concourent chaque année. Chaque école, au sein de laquelle les directeurs, chorégraphes, compositeurs, costumiers, quelques danseurs... sont professionnels, représente un quartier. Aussi, plus que d'écoles qui défilent et concourent, il s'agit de quartiers qui luttent pour le prestige de remporter le concours.
Ainsi, les bénévoles, des milliers, danseurs, musiciens, couturiers, décorateurs, oeuvrent pendant un an afin d'être les meilleurs le jour J.
Le défilé commence par un feu d'artifice à l'entrée du bloc. Ensuite, entrent les musiciens qui "chauffent" le public.
Chaque année, les écoles doivent chacune composer une musique, chorégraphie et scénographie originales.
En effet, plusieurs semaines avant le défilé, les blocs répètent en défilant dans la rue, sans costumes, et distribuent les paroles des chansons aux cariocas. Les blocs sont constitués d'une foule de bénévoles, qui font rayonner leur bloc dans leur entourage, la chanson de leur bloc que tous les proches connaissent par coeur.
Après les musiciens arrivent les danseurs, dans un ordre très précis, les enfants, les "majores", etc...
Le défilé de chaque écoles dure plus d'une heure à un point précis du sambodrome.
Sachant sa longueur, vous pouvez apprécier l'effet du spectacle.
Pour notre part, nous n'avions pas opté pour plomber notre budget en achetant des places au sambodrome.
En revanche, après avoir passé une journée dans la ville, nous serions bien allés la deuxième et dernière nuit.
Forts des conseils de Vétéa, nous sommes arrivés à l'entrée du sambodrome vers 3/4h du matin, espérant entrer. Ne pouvant pas, nous sommes allés sur le pont (de l'autoroute fermée pour l'occasion), au-dessus de l'entrée des écoles, avec toutes les personnes qui ne pouvaient pas s'acheter de billets, les membres des familles des personnes sur les chars qui hurlaient leurs encouragements au passage de leur progéniture, voisin, cousin... et qui bien évidemment connaissaient toutes les chansons par coeur et ont déjà leurs favoris avant les défilés. C'est donc dans cette ambiance, plus fatiguante certes, mais plus proche des cariocas également, que nous avons découvert le sambodrome. Et lorsque, de l'entrée des écoles, le défilé était terminé, nous nous sommes dirigés vers la sortie et avons croisé les personnes qui venaient de défiler, exténuées. Nous avons alors découvert, ravis, que tous n'étaient pas ou mannequins ou plastiquement chirurgiés mais qu'il s'agissait de "Mr et Mme Tout le monde", grands, gros, maigres, jeunes, vieux mélangés.
Il aura donc suffit de deux jours pour que Rio nous retourne comme des gants.
Nous reviendrons donc au Carnaval, avec des places pour le sambodrome cette fois!
En parallèle, il était des salutations indispensables...
Et la découverte des quartiers de Santa Teresa et Lapa, repère de musiciens, tout proche du centre ancien ou passe le fameux "Bondinou".
Ci-dessus, le bar à la déco la plus incroyable vue : le Rio Scénarium.
Et puis, la découverte pour Sabine qu'elle pouvait ressentir une émotion face à un bâtiment en béton brut de décoffrage : la découverte de la cathédrale de Rio, incroyable!
Rio, c'est aussi l'endroit où sont nées les favelas. Il importait donc d'en savoir plus. Aussi, nous sommes allés avec un tour en "visiter" une. Originellement, le concept a émergé dans les années 1960. Rio, en son centre, comprenait des quartiers anciens, peuplés de personnes de condition plus que modeste. Soucieuses de faire un peu de ménage et de construire de nouveaux bâtiments à ces endroits, les autorités ont expulsés les habitants en les enjoignant d'aller vivre aux alentours de la ville, sur les hauteurs, là où poussaient les arbres, les "favelas". Avec le temps et la croissance démographique, ces quartiers se sont rapidement surpeuplés et chacun a construit au-dessus de l'autre. Aujourd'hui, une seule à Rio reste une zone de "non-droit" total où plutôt, hors possibilité de pénétration des autorités.
En fait, les favelas sont régies par les trafiquants qui font respecter des règles très strictes de vie. Par exemple, on ne vole pas dans une favela, si on vole, on encourt le risque de recevoir une balle dans la main ou dans le pied!
Les habitants participent de cette impossible pénétration par les autorités qui ne sont pas les bienvenues car lorsque la population a besoin d'elles, d'une assistance, personne ne se déplace.
Contrairement à ce que l'on peut présumer, les intérieurs des maisons peuvent être très propres. La favela a le wifi.Elle est située juste derrière les quartiers très chics et ses habitants y travaillent. Les loyers sont très élevés, l'équivalent, compte-tenu du niveau de vie, de 500 euros pour un T1 (taille parisienne). Les biens de première nécessité y sont un peu moins chers qu'ailleurs, en revanche les transports y ont un coût élevé.
La structure avec laquelle nous y sommes allés est une association, Favela Tour, qui est très appréciée de tous : des habitants parce que ce type de visite permet un développement économique (pause chez le boulanger ou pour acheter des colliers de perles) le long du parcours, il permet également d'éviter les survols incessants en hélicoptère de forces de police armées à la recherche de trafiquants qui terrorisent les enfants et représentent une menace pour la sécurité des civils (afin de ne pas blesser des civils en visite, étrangers et d'avoir des soucis avec les ambassades), enfin, il permet de constituer (avec le prix de la visite) des fonds pour construire des crèches, des lieux de soutien scolaire... Ce type de tour est également apprécié des trafiquants qui évitent ainsi une surveillance policière permanente. Il l'est encore de la police qui y voit une incursion dans cette zone de non-droit.
Bref, tant la situation que son évolution actuelle arrangent tout le monde.
Et tout s'est achevé sur un vrai au revoir avec les amis cette fois!
Et le départ de Benjamin pour la France...
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